Jeux Olympiques de Paris 2024
SQY BMX Stadium, Saint-Quentin-en-Yvelines
Dès ses premiers jours à Paris, dès le lendemain de la cérémonie d’ouverture et ses premières heures de roulage sur le circuit à bosses de Saint-Quentin-en-Yvelines, Zoé Claessens sentait les choses venir. Elle n’est pas l’athlète la plus émotive, mais elle n’est pas non plus la médaillée olympique la plus loquace de ces Jeux Olympiques. La Vaudoise, déjà championne d’Europe et deux fois vice-championne du monde de BMX, s’attendait à concourir pour une médaille à Paris; la manière qu’elle a de s’adresser aux personnes qui l’entourent, à la presse et son attitude au regard des autres, toujours avec le sourire au coin et la bienveillance qui l’accompagne, témoignent la confiance qu’elle se porte à elle-même. À 23 ans, elle vient de décrocher, avec force, sa première médaille de bronze olympique.
De ces Jeux Olympiques à Paris, elle avait l’impression de tout connaître. Les émotions de la compétition, elle les avaient déjà connues à Tokyo en 2021; le stade de Saint-Quentin-en-Yvelines, dans la périphérie ouest de Paris, elle l’avait déjà pratiqué lors de ses quelques entraînements passés en France. Elle connaissait d’ailleurs chaque recoin de la piste et avait une vision claire de son approche sur chaque bosse. « Je peux même dire que je m’y sens beaucoup mieux qu’il y a quelques mois. Les virages ont étés retravaillés, ils sont plus rapides et il n’y a plus de trous », avait-elle assuré avant d’enfourcher son vélo et de dévaler la rampe de lancement pour ses derniers entraînements. Enfin, la pression de la compétition, elle a appris à la maîtriser depuis ses toutes premières compétitions internationales en 2018; elle y avait décroché l’argent aux Jeux Olympiques de la Jeunesse à Buenos Aires cette même année.
Corriger ses erreurs avant de savourer la médaille de bronze
Zoé Claessens est également une femme de caractère; elle ne peut s’empêcher de remarquer ses erreurs et ses faiblesses sur certaines points précis du parcours. Selon elle, aucune course n’est réellement parfaite, pas même celle qui l’a menée vers le bronze olympique. « J’ai par exemple fait une énorme erreur sur la dernière bosse, explique-t-elle quelques minutes après avoir assuré sa médaille et sa troisième place en finale. J’étais tellement prise par mon erreur que je n’ai pas réalisé tout de suite que j’avais remporté le bronze en franchissant la ligne. Regarder sans cesse mes erreurs et me focaliser sur elles est un réflexe un peu automatique pour moi pour progresser. »
Mais la jeune femme connait aussi son évolution personnelle. Quelques jours avant son entrée en lice, elle avouait avoir changé depuis sa première expérience olympique au Japon. « J’ai l’impression d’être quelqu’un d’autre, d’être une autre athlète, plus expérimentée. J’ai l’impression d’avoir changé en tant que sportive. L’impression d’être meilleure, simplement. »
Zoé Claessens n’a jamais versé de larme devant le public, ni même sur le podium de la cérémonie au creux des bosses du parcours de Saint-Quentin. Elle n’a d’ailleurs pas l’habitude non plus de se perdre dans de longs discours. Elle n’est probablement pas de ces athlètes qui traduisent leurs émotions de cette manière. Elle n’est pas la seule mais cette jeune cycliste impressionne par sa bonhomie naturelle, son aisance face à la nouveauté et les obligations médiatiques parfois lourdes au lendemain de la compétition.
En réalité, Zoé a raison lorsqu’elle assure que chaque athlète vit ses propres Jeux Olympiques de manière différente. Il y a de ceux qui auront la pression des honneurs et de la réussite, d’autres qui, en revanche, arriveront avec la conviction dure de démolir la concurrence. D’autres encore ressentiront, enfin, le simple plaisir de vivre des expériences en décalage avec le monde de tous les jours. Zoé appartient à cette dernière catégorie de sportifs; sa médaille n’est pas tout-à-fait une surprise, mais son approche à la victoire et à la défaite surpasse toute l’expérience des meilleurs. Qu’elles soient faites de revers ou de succès surprises ou inattendu, Zoé admet chacune des lois du sport avec philosophie. La jeune rideuse est précoce pour ces raisons, pas pour sa médaille qui, à coup sûr, en appellera d’autres.

De Villars-sous-Yens à Aigle
Zoé Claessens a grandi, à Villars-sous-Yens, près de Morges, dans le canton de Vaud, avec six frères et sœurs dans une famille passionnée de BMX. Ses premiers souvenirs de ce petit vélo à la selle basse, elle les fait remonter à ses trois ans. Il est d’ailleurs, comme règle chez les Claessens qu’on apprenne à rouler avant même de marcher. À perpétuer cette tradition de famille, il y a bien sûr le père, Vincent, fondateur du club de BMX d’Échichens – club dans lequel Zoé a fait ses débuts à l’âge de sept ans – et très investi dans la carrière de sa fille. Suivent ensuite les frères Arthur et Bastien que la jeune femme a regardés rouler avant de les imiter. Et enfin, ses sœurs, Ines et Jade, qui se sont, elles aussi, aventurées dans le bicross et sont devenues les premières supportrices de la cadette des quatre filles Claessens. Car oui, elles sont quatre filles dans la fratrie; une des sœurs ayant privilégié la danse au deux-roues, tout comme la maman. Zoé aime la vitesse, les sauts, les enroulés et l’adrénaline de la course: les courses de BMX étaient faites pour elle. C’est forte des ses convictions que la rideuse vaudoise avait décidé, à ses 18 ans, de mettre ses études gymnasiales en pause pour se consacrer uniquement à la pratique sportive et entrer dans le circuit professionnel.
C’est à cet âge qu’elle rejoint le centre mondial du cyclisme (UCI) à Aigle, où elle est, dès ses premiers jours, habituée à endosser le maillot et le casque aux couleurs de la Suisse. Car si tous les athlètes déjeunent et tuent leurs pauses ensemble, leur casier et leur matériel portent tous les signes bien distinctifs de chaque nation représentée. À Aigle, où elle vit désormais après avoir passé une année d’entraînement à Sarrians, haut-lieu du BMX français près du Mont Ventoux, la jeune femme passe trois heures par jour six fois par semaine sur son vélo. Elle entreprend aussi des séances de renforcement musculaire.
Mais Zoé est une fille intelligente et clairvoyante: elle ne se voit pas rouler toute sa vie sur les montagnes à bosses. Elle ne se voit pas non plus gagner sa vie avec son vélo de compétition: « C’est, en fait, presque impossible en Suisse ». Dès lors, en découvrant les vrais projets de vie de la jeune femme, on comprend mieux également son tempérament ouvert et jovial. Elle se voit, en réalité, un jour, poser son BMX et entreprendre d’enseigner en primaire, pour de jeunes enfants. Elle en a le profil, tout comme elle a, plus que jamais, le profil d’une future championne olympique.

Une tornade de nouvelle génération sur un BMX
Zoé Claessens faisait partie, à ses 18 ans, de cette nouvelle génération talentueuse. Si tôt, elle était apparue auprès de son entraîneur Liam Phillips, ancien champion monde et sommité britannique de BMX, comme une rideuse techniquement au-dessus des filles de son âge. Elle disposait déjà de cette explosivité et de cette intelligence de course qui lui permettaient de rivaliser face aux meilleures et face aux plus expérimentées.
Ces qualités, elles les a encore développées avec le temps jusqu’à émerger parmi les athlètes favorites en Coupe du monde et pour les plus grandes compétitions internationales. En février, elle avait, par exemple, triomphé deux fois en 24 heures lors de l’étape de Coupe du monde de Brisbane. C’est aussi le moment à partir duquel de nombreux regards, en Suisse, se sont tournés vers la discipline en esquissant des rêves nouveaux de triomphe olympique dans une discipline sportive encore largement méconnue à travers le pays.
Et puis, Zoé est une fille qui s’entoure des bonnes personnes; sa confiance n’est pas éparse. Elle la donne à un type de personnes bien précis. Le Néerlandais Niek Kimmann, champion olympique en 2021 à Tokyo et un des coureurs les plus titrés de sa génération, en fait partie. Le jeune homme lui vante aussi, en retour, ses qualités de rideuse. S’entraînant parfois ensemble au centre de l’UCI à Aigle, le partage d’expérience est notable entre les deux. À Sarrians, la Vaudoise était aussi bien entourée. Elle connait bien Joris Daudet, Sylvain André et Romain Mahieu, le trio français médaillé d’or, d’argent et de bronze ensemble sur la même finale à Saint-Quentin-en-Yvelines. S’entraînant ensemble, l’un des trois, Sylvain, n’a pas manqué d’interrompre son interview en zone mixte pour venir la féliciter en personne. Dans sa jeune carrière, Zoé n’a ainsi pas seulement développé sa qualité en bicross, mais a également tissé de liens plus profonds avec ceux qui font et animent le monde du BMX international. Preuve qu’elle y a assurément sa place.

