L’expérience ne meurt pas: Marcel Hug à nouveau en or à Paris

Jeux Paralympiques de Paris 2024
Esplanade des Invalides

Marcel Hug a décroché l’or sur marathon, sa discipline de prédilection. Il a devancé sur l’Esplanade des Invalides le Chinois Jin Hua et le Japonais Tomoki Suzuki pour s’offrir un troisième titre paralympique consécutif sur la distance, sa première médaille d’or à Paris. À 38 ans, le fondeur reste l’homme à battre.

Marcel Hug a vécu à Paris ses sixièmes Jeux Paralympiques. Dans ses valises, le Thurgovien emporte ainsi avec lui l’expérience de sa longévité et la connaissance des disciplines. Vingt ans se sont écoulés depuis ses premiers Jeux à Athènes en 2004. Depuis lors, le para-athlétisme a grandement évolué; les disciplines se sont professionnalisées, avec elles les athlètes, et les nouvelles générations assument des heures d’entraînement qui confinent toujours plus aux charges de travail généralement assumées par les athlètes olympiques. Marcel Hug le sait: depuis 2004, tout est devenu plus grand: l’attention, l’intérêt, le public, l’organisation. Les épreuves sont devenues compétitives alors que les grandes générations paralympiques nées au milieu des années 2000 sont désormais pleinement engagées sur les pistes.

La dynamique globale n’est plus la même – et c’est une excellente nouvelle. Tout est devenu plus attrayant. Tout est devenu aussi plus marquant – les chocs de générations pourfendent tous les codes convenus. Marcel Hug a 38 ans. Son premier adversaire sur l’ensemble des disciplines de demi-fond sur lequel il s’est engagé, le Chinois Hua Jin, en a quatorze de moins. Autre exemple, le champion du monde koweïtien du 5000m Faisal Alrajehi, n’a, lui, que 26 ans. Dans le monde du sport de haut niveau, cette différence n’est généralement pas négligeable. Mais lancés à vive allure en fauteuil roulant sur la piste violacée du Stade de France, les écarts ont été jusqu’ici minimes. « Il y a un nouveau souffle sur les pistes et cela nourrit encore plus ma motivation à m’entraîner au quotidien, explique-t-il. Les relations avec les concurrents sont nouvelles. La manière de les observer, de les imiter parfois, est aussi différente. » C’est simple: Marcel Hug n’est pas encore de la vieille école, simplement d’une classe un peu plus ancienne – c’est justement ce qui dope encore plus l’intérêt pour ses courses.

«  Être encore ici, sur les pistes des Jeux Paralympiques, à mon âge, ne va pas de soi, confie-t-il. C’est d’ailleurs incroyable, même pour moi, de sentir que je suis encore au niveau. Mais je crois que quand on aime ce que l’on fait, qu’on parvient à tirer toujours autant de plaisir au quotidien et qu’on a encore la santé intacte pour y parvenir, cela devient beaucoup plus facile. » Marcel Hug le dit clairement: il vit encore pour s’entraîner et pour profiter du sport de compétition. Son ambition a, elle aussi, évolué depuis vingt ans. La plupart des records du monde qu’il avait établis jusqu’en 2021 avaient entretemps été battus. Depuis l’année dernière, il les a tous récupérés: sur 800, 1500 et 5000. Le « Swiss Silver Bullet », en référence à son casque argenté chromé, impressionne encore et toujours – et ce, même si, à la surprise générale, il a perdu trois des quatre titres paralympiques qu’il détenait depuis les Jeux de Tokyo.

Depuis les Jeux Paralympiques de Tokyo, Marcel Hug roule dans un fauteuil entièrement fait en carbone massif, signé Orthotec et testé dans les usines de l’écurie suisse de Formule 1, Sauber. © leMultimedia.info [Nottwil]

De toutes les disciplines qu’il aura disputé à Paris, Marcel Hug aura surtout impressionné sur les 42 kilomètres que compte le marathon. Sur la distance, il compte plus d’une vingtaine de victoires, comptant des succès sur les parcours les plus prestigieux: à Berlin, Londres, Chicago, New York ou encore Boston. Sur ces disciplines de fond, les épreuves en fauteuil roulant sont aussi beaucoup plus technologiques que chez les valides. D’une part, les muscles du corps sont sollicités de manière complètement différente – les mouvements ressemblent un peu à ceux du ski nordique –, d’autre part, l’efficacité et la compétitivité de la monoplace sont susceptible de créer, plus qu’ailleurs, des écarts de performance.

Marcel Hug a été un pionnier dans son genre. Dès 2017, il a travaillé aux côtés du gérant de l’entreprise Orthotec, Stefan Dürger, au centre de performance des athlètes paraplégiques à Nottwil. Ensemble, ils ont idéalisé la conception d’un fauteuil de nouvelle génération, optimisé pour l’aérodynamique, chargé en pneumatiques révolutionnaires et testé en soufflerie par des ingénieurs. Sur cette base, la Fondation suisse pour paraplégiques a fabriqué, avec l’aide de nombreux partenaires spécialisés, le fauteuil roulant le plus rapide du monde. Une grande partie des techniques ont par ailleurs été empruntées à la F1 et testées dans les usines de l’écurie Sauber, à moins de 100 kilomètres du centre, à Hinwil.

Depuis les Jeux Paralympiques de Tokyo, Marcel Hug roule dans un fauteuil entièrement fait en carbone massif. L’athlète a notamment eu l’occasion de donner son avis et son expertise tout au long du processus de conception pour arriver au meilleur résultat possible. Avec son entraîneur Paul Odermatt, ils ont tous deux joué un rôle central dans le développement de l’OT FOXX, le fauteuil de nouvelle génération qui leur a été mis à disposition.

Il s’agit du premier fauteuil roulant de course entièrement créé en Suisse, de sa conception à sa finalisation. Aussi, le produit final se veut être à la pointe de la technologie; les connaissances mises à disposition par différents techniciens et ingénieurs venus de la F1 sont d’importants gages de fiabilité et de réussite. L’OT FOXX est ainsi un produit cycliste issu d’une industrie nouvelle et qui ouvre, depuis sa présentation publique en juin 2021, de nouvelles perspectives, tant pour les para-athlètes de haute compétition que pour toutes les personnes roulant en fauteuil au quotidien. L’exigence de démocratisation et de mise à disposition des nouvelles technologies était, en réalité, un des points fondateurs du projet mis en route par Marcel Hug et Stefan Dürger. Aujourd’hui, en termes de rigidité, de poids et de résistance au roulement, les fauteuils ont franchi une étape importante. Et elle profite à tout le monde.

Marcel Hug est un homme résolument tourné vers l’avenir; il se passionne pour les nouvelles technologies et se complait dans les nouveaux défis. Ici, il partage ses gants avec la para-cycliste Flurina Rigling © leMultimedia.info [Nottwil]

Marcel Hug est un homme résolument tourné vers l’avenir; il se passionne pour les nouvelles technologies, se complait dans les nouveaux défis et salue même les initiatives tournées vers la promotion de la relève. Lui-même en a d’ailleurs déjà mis une sur pied; en plus de ses entraînements, il se rend régulièrement disponible auprès de la prochaine génération de sportifs et sportives en fauteuil roulant.

Il y a quelques années, il a créé le camp d’entraînement « Swiss Silver Bullet ». Chaque été, il laisse la possibilité à une trentaine de jeunes talents triés selon leurs compétences de s’entraîner une semaine chez lui, à Nottwil, à ses côtés et sous les conseils avisés de son entraîneur Paul Odermatt. « À leur contact, je peux aussi mesurer mes propres réactions et ma propre performance, explique-t-il. Les nouvelles générations arrivent avec leur style et leur dynamisme; m’inspirer d’eux est vital pour rester compétitif. »

Une chose est certaine; les Jeux de Paris ont eu beau revêtir un caractère d’exception, par la proximité et le traitement médiatique inédit dont les épreuves ont bénéficié, Marcel Hug n’en a toujours pas fini avec le sport de haut niveau. Sa vie, ses passe-temps transitent presque toujours par le centre de performance paralympique de Nottwil. Lors d’une semaine normale, il s’entraîne près de deux fois par jour. Seul le dimanche fait exception. Aussi, lorsqu’il n’est pas sur la piste, Marcel Hug entraîne également sa condition physique et mentale.

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