Description
“Ce fringant jeune homme de 75 ans qui, aujourd’hui encore est conducteur de camions et d’engins de voirie, ne s’arrêtera pas de sitôt. Il construit aussi des guitares et, pour l’occasion de sa venue en Suisse, en a confectionné une spécifiquement pour le Blues Rules. La guitare bleue (celle que vous voyez en bout de scène).
Mais je pense que la meilleure façon de présenter Super Chikan, ce personnage iconographique de Clarksdale, Mississippi, c’est de le laisser monter sur scène et qu’il vous chante lui-même sa vie, pleine de suspense et de rebondissements.”
Lisez cet opus, comme vous liriez un roman, c’est recommandé. Il ne sera pas linéaire, ne regorge pas d’happenings en bonne et due forme, mais distille une leçon de vie. Cette vie, c’est celle de James Johnson, petit-fils d’Ellis Johnson, le compagnon de route du malheureux Robert Johnson, tué à 27 ans en 1938 après avoir croisé la route du diable au croisement des routes 49 et 61, près de Clarksdale. Toute cette joyeuse et légendaire bande fait partie de près ou de loin de la même famille. Tout du moins, ils appartiennent à la légende du blues du Delta du Mississippi. On dit de Robert qu’il a créé le blues et qu’il aurait confié le soin à Ellis, peu avant de mourir, d’en assurer la continuité. Une promesse qu’il n’a jamais tenue. Le blues est toutefois resté intact à travers les générations.
L’élu, le choosen one, James Johnson s’en assure. Mais il est vieux. Il a 75 ans, il est toujours fringant, mais il est le dernier de sa génération. Et cela l’inquiète. Il parle des jeunes qui arrivent, ces mêmes jeunes gens qui triturent le style et lui piquent tout le boulot; il abhorre cette mécanique du riff à tue-tête. Le blues, c’est autre chose. Et il en fait montre (devant nos yeux ébahis, comme dirait l’autre).
La vie de Super Chikan inspire. Je m’étais plongé dans le plus profond de la toile pour comprendre le personnage. J’ai voulu le rencontrer. J’ai voulu le suivre, le comprendre et le cerner. Et en définitive, je voulais l’aimer. Pas seulement le musicien, mais l’homme.
James est un grand-père pour bon nombre de personnes. Fabian des Boogie Beasts ne peut pas le dire autrement. Lui aussi l’aime pour la personnalité, au-delà de ses diddley bows. Il y a un partage de sentiments entre Super Chikan et ceux qui ont la chance de croiser sa route. Il ne rend pas indifférent, et c’est précisément ce qui le rend différent de tous les autres.
Lisez sa vie. Lisez cet opus, comme un roman. C’est recommandé.

